Visite en Inde pour le bilan des Bateaux
Inde, Novembre 2006

L’année dernière, au moment du Tsunami, la Fondation Leïla Fodil avait reçu 30 000 euros de dons. 10 000 ont été affectés à la reconstruction de bateaux dans le village de Muttukadu, au sud de Madras en Inde. C’était suffisant. Les 20 000 euros restant ont été donnés à l’association Project Why à Delhi pour l’achat d’une maison destinée aux activités en faveur des enfants des bidonvilles. Nous sommes allés voir sur place ce qui avait été fait avec ce don.

Nous avons ainsi passé douze jours en Inde avec Xavier Ray, président d’ «Enfances Indiennes », qui coopère avec Project Why et a participé à ces deux actions.

À Delhi, Anouradha Bakhshi, présidente de l’association Project Why nous a accueillis dans sa maison. Dans cette ville, il y a 100 000 enfants non scolarisés. Grâce à Project Why, 500 d’entre eux, vivant dans des bidonvilles, sont scolarisés dans une école publique et reçoivent de l’association un soutien scolaire après l’école. Nous avons beaucoup circulé dans le Tuk Tuk de Project Why, conduis par Rhadé, habitant du bidonville. Ce sont des taxis à trois roues, peints en vert et jaune, deux places derrière le chauffeur. Ils sont innombrables, occupant parfois toute la largeur des avenues, comme un vol de moineaux parmi les autos dans la circulation démente de la ville. Notre première visite est pour Matadji, mère spirituelle de Project Why. Elle nous a marqué le front d’un point blanc. Nous avions bien besoin de ce «troisième œil». Un premier thé indien, bouilli, sucré, avec du lait et des épices, cardamome et parfois poivre, «tchai» de l’amitié, nous a réconfortés. La visite pouvait commencer avec Anou.
Giri Nagar est le quartier où l’action de Project Why a commencé. Une petite pièce où des jeunes s’initient à l’emploi d’ordinateurs. Où collégiens et lycéens révisent des problèmes complexes de mathématiques.
Les Lohar sont des Gitans attirés par la ville, habitant sous des tentes, sur le trottoir d’une grande avenue. L’école sous une d’elles est un havre de paix, où 20 jeunes enfants étudient, avec l’aide de répétiteurs, en silence attentif, l’esprit tendu vers l’étude, dans ce milieu d’agitation et de bruit déments.
Sur le tas d’ordures à Okhla il y a une école. Murs bas en briques, sol cimenté, quatre poteaux en bois supportent un toit en plastique. Les enfants révisent les exercices d’écriture ou de mathématiques qu’ils ont reçus à l’école publique. Ils sont si attentifs que notre présence passe quasiment inaperçue.

La nouvelle maison de Project Why de la rue Govindpuri kalkaji, dans la mer urbaine de Delhi. Havre de paix, d’attention, dont enfants et maîtres ont fait leur maison, leur raison d’être. Les tout petits de la crèche sont assis sagement sur le sol. Ceux de la maternelle assemblent des puzzles, dessinent, chantent, jouent en groupe avec les moniteurs. Les handicapés parlent mal, ils comprennent mal, ils marchent mal. Ils ont trouvé des cœurs qui les accueillent et les aiment, les aidant à surmonter leurs handicaps. Ils ont retrouvé une dignité qui leur donne force de vie et joie de vivre. Les quelques Français, Belges, Suisses que nous avons rencontrés, qui participent à Project Why, trouvent ici autant que ce qu’ils donnent.

Nous avons partagé le repas de midi, au dernier étage, avec tous les professeurs de tous les endroits où l’association a une école complémentaire.

Au Tamil Nadu, au Sud de Madras, D.V. Shridaran nous a accueillis dans sa maison de Muttukadu. Voici une autre personne passionnée par le développement de son pays. C’est lui qui a répondu aux demandes des pêcheurs du village pour promouvoir la reconstruction des bateaux après le Tsunami. Il nous a menés vers eux. Accueil simple, un grand collier nous est mis autour du cou. Un discours aurait été de trop. Ils nous ont accueillis dans leurs paillotes, habitations de luxe succédant aux tentes, mais bien tristes logements quand on les compare aux jolies maisons de l’ancien village. Leur sourire a rencontré le nôtre. Les bras, les mains se sont serrés. Pour nous deux, la lecture du nom de Leïla sur la proue d’un bateau bleu aligné avec les autres sur la plage, a été un moment d’émotion intense.

Avec Xavier, nous avons aussi découvert des villes, des temples, des palais, des paysages. Il avait bien choisi quelques lieux. Cela nous a permis de comprendre combien ce grand pays qu’est l’Inde, contient de forces anciennes, nécessaires à l’épanouissement des forces nouvelles qui lui permettront de devenir une grande puissance mondiale, sans effacer ce qui l’a construit depuis des millénaires.

Merci à Anuradha Bakhshi de nous avoir accueillis chez elle et guidés dans la visite des lieux de vie des enfants de Project Why. Merci à Xavier Ray, de nous avoir proposé de venir et de nous avoir accompagnés. Merci à Enfances Indiennes de nous accueillir dans son groupe. Son action est exemplaire : écouter, tenter de comprendre, aider à faire, sans diriger.