Journées de rencontre des acteurs de la Fondation Leïla Fodil
6-7 octobre 2001
ANGOULÊME – Espace Franquin



 

Introduction: Jean Bernard JOLY, Président

Ségou Mali:


Viêt Nam:
 

Conclusion et remarques:
 

Introduction

Jean Bernard JOLY

Tout d’abord des remerciements à la Mairie d’Angoulême qui a mis à notre disposition le local de réunion et qui suit très régulièrement nos travaux. Halima Antate en est aujourd’hui le représentant.

Cette introduction a pour but de préciser :

Pourquoi la Fondation Leïla Fodil nous a réunis ?

Et de rappeler le mode de fonctionnement de la Fondation et ses objectifs

Pourquoi sommes-nous réunis ?

La Fondation a été créée il y a neuf ans à l’initiative de ma famille
Certains travaillent depuis le début :
Marie et JB, Agnès, Isabelle et André.
Mr Getten, JP Vincent, Arnaud de Chaisemartin, Lucien Houllemare pour ne citer que ceux qui sont ici aujourd’hui.
D’autres sont venus ensuite :
Francis Groux, Véronique Sécherre, Daniel Laissus et Yves Pawlack, Evelyne Chabrol, Thierry Bruère.
Chacun d’entre vous est allé sur place, soit au Mali, soit au Viet Nam.
Vous avez échangé avec des correspondants locaux, réalisé avec eux.
Vous les connaissez.
Vous avez acquis une expérience.
Nous sommes réunis ces deux jours pour :


Pour aider le travail
 


1- La Fondation est une fondation reconnue d’utilité publique, elle est dirigée par un Conseil d’Administration.

Aujourd’hui c’est une journée de travail, pas une Assemblée Générale. Vous n’aurez pas d’élections à faire.

Les propositions qui sortiront de notre réunion ne seront pas toutes immédiatement exécutables, car certaines devront être soumises à l’avis du CA. C’est pour cela que la présence de quelques membres de ce CA est importante.

2-La Fondation a comme objectifs :

Aide à la santé des enfants dans les pays en développement : c'est une proposition statutaire qui exclut des actions en France, autres que la sensibilisation.
- Santé physique : Centrée sur les mères et les enfants. Rénovations d’établissements, recyclage de personnels, enseignement, planification familiale.
- Éducation, scolarisation, formation professionnelle
- Actions sociales diverses : prison, enfants des rues.

3 - Les modes de travail :


4 - Le fonctionnement interne : le vôtre.

Chacun est chargé d’une ou de plusieurs actions. Le programme est défini avec l’équipe centrale et donne :

Les échanges sont nécessaires. Il faut de la réflexion  de la  cohérence et des dialogues

Il faut aussi des échanges concertés de tâches locales

....C’est pourquoi nous sommes ici. Nous connaissant mieux, nous saurons mieux travailler ensemble.

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Francis Groux


 Je suis allé pour la première fois au Mali en février 1995.

Je viens d’y retourner 2 semaines au mois de septembre, c’était mon 5° séjour à Ségou. J’étais accompagné par Annie FONTENEAU qui ne peut malheureusement pas être là aujourd’hui.
 
 

SÉGOU : Enfants des Rues



Présentation générale :

Les enfants des rues sont abandonnés, ils ont quitté leur famille : maltraitance, misère, mésentente. Ils sont loin de chez eux : mendicité, vol, prostitution.
Ne pas confondre avec les Talibés : enfants de l’école coranique qui mendient aussi.
Ils sont pris en charge par la FONDATION POUR L’ENFANCE, O.N.G. malienne, présidée par le Général Amadou Toumani Touré (dit ATT) ancien chef d’ÉTAT du Mali.

À Ségou s’est ouvert d’abord un Centre d’Écoute : 5 hommes, diplômés sans emploi, sont les animateurs de ce centre avec qui nous travaillons.
Recherche des enfants le soir, rondes en moto dans les lieux sensibles. Invitation à venir dormir au Centre, sans insister.
Souvent ce sont les anciens qui amènent les nouveaux.

Qui sont-ils ? d’où viennent-ils ? Les premières réponses sont des mensonges. Puis la confiance se crée et la véritable identité se révèle. Prise de contact avec la famille. Proposition de retour en famille. Essais. Souvent échec.

Il y a en permanence 20 à 25 enfants au Centre. Dans la journée, ils vont mendier pour trouver leur nourriture. Le Centre leur fournit toilette, vêtements propres, suivi médical.

Depuis 1 an s’est ouvert un Foyer d’hébergement : 12 places.
Dortoir, une cuisinière. Donc plus de mendicité.
 
 

Actions de la Fondation Leïla Fodil :

Pour les plus jeunes (8 à 12 ans) : recherche de familles d’accueil et scolarisation primaire.
 

Tous les 3 vont à l’école et ne mendient plus.
J’ai vu les enseignants. Ils sont satisfaits des enfants.
La Fondation paie les frais scolaires et une bourse mensuelle.

Les plus âgés (14-17 ans) : 4 jeunes sont en apprentissage.


La Fondation paie les frais d’apprentissage et une bourse mensuelle.
Tous les maîtres d’apprentissage sont contents d’eux. Ils sont les meilleurs, les plus courageux.
 
 

Pour les plus jeunes (6-12 ans), la Fondation Leïla Fodil préfère le placement en famille d’accueil. Les moniteurs du Centre d’Écoute n’y croient pas.
Pour ceux-ci, si la famille d’accueil est impossible à trouver, nous limiterons nos actions aux trois jeunes actuels.
Pour les apprentis plus âgés, le système actuel convient.
 
 

Situation actuelle des enfants accueillis :

Le FOYER d’accueil est financé par la Fondation Raoul Follereau Section du Luxembourg.
9 apprentis 1 élève

Au CENTRE D’ÉCOUTE : différents intervenants extérieurs :


Soit au total 30 enfants qui ne mendient plus puisqu’ils sont pris en charge. L’effectif total varie entre 30 et 35 enfants, avec les arrivées et les retours en famille.
Actuellement, 2 enfants ne sont ni élève ni apprenti car ils viennent d’arriver.Si la Fondation pouvait prendre en charge 2 apprentis de plus, ce serait parfait.

Les résultats sont très encourageants.

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SÉGOU : Maison d’Arrêt

Il y a une  seule prison à Ségou avec une très grande cour pour les hommes.
Les mineurs ont un lieu à part, mais il faut passer par la cour des hommes pour y pénétrer.

Il y a une pièce pouvant loger 10 à 15 jeunes. Une cour d’à peine 20 m2. Un WC et une douche que la Fondation a fait installer, évitant qu’ils aillent chez les hommes.

Les femmes sont en principe à part, à côté de la cuisine servant pour tous. Elles ont leurs enfants avec elles.

En fait il existe une grande circulation dans cette prison : détenus, gardiens, visiteurs.

L’action de la Fondation Leïla Fodil :

Nous travaillons avec Mme SISSAO, assistante sociale du Tribunal, détachée de la Direction de l’Action Sociale.

Nous finançons : un complément nutritionnel, une aide sociale, l’alphabétisation, des jeux, ballons…

Grâce à la compétence et au dévouement d’un surveillant, ancien instituteur, MAMADOU, les jeunes reçoivent 5 fois par semaine des cours d’alphabétisation.

Il a ajouté des cours de modelage avec carton et colle, et des cours de musique avec fabrication d’instruments de musique.

Les cours ont lieu en plein air, sur des bancs, devant la prison, à côté du poste des gardes. Une dizaine de mineurs. On essaie que les enfants restent le moins possible dans le quartier des mineurs, très exigu et où la proximité des adultes est un danger véritable, (par exemple la drogue).

Nous rétribuons le surveillant-enseignant et du matériel pédagogique.

Lors de nos visites nous apportons quelques améliorations aux conditions de détention : remplacement de robinet, changement de nattes, remplacement d’ampoules électriques.

Nous avons équipé la Maison d’Arrêt d’une bibliothèque. Mais il semble que ce sont surtout les surveillants qui l’utilisent. Peu de détenus savent lire.

Une O.N.G. malienne, MALI ENJEUX peut prendre en charge l’apprentissage des mineurs détenus et commencer la formation alors qu’ils sont encore détenus. La réussite est exceptionnelle.

La prison est punitive.

Heureusement il y a Madame SISSAO et MAMADOU. Les résultats sont encourageants.

Pour le quartier des femmes, la Fondation Leîla Fodil a remis en état la partie sanitaire, le plafond et les murs. Malheureusement le travail a été mal fait.

En septembre 2001, il y avait 3 femmes en prison dont une mère avec ses 4 enfants (2 jumeaux de 4 mois).

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SÉGOU : Les écoliers

Les règles :

Nous avons pris en charge une trentaine d’enfants de familles très défavorisées pour qu’ils puissent apprendre à lire, écrire et compter. Les enfants sont choisis et suivis par l’AAPDS Association d’Aide aux Personnes Défavorisées de Ségou, et son président Alou Traoré.

La Fondation Leïla Fodil prend en charge les frais de scolarité et une bourse de 50 FF par mois et par enfant versée à la famille. Si l’enfant redouble : suppression de la bourse.

Un soutien scolaire a été apporté par un instituteur en dehors de la classe pour essayer de rattraper le niveau.

La situation :

Depuis 1 an, grèves successives. Année nulle. Les enseignants sont découragés.

Classes surchargées : 100 élèves, 3 ou 4 par banc de 2.

Double vacation : chaque instituteur a 100 élèves le matin et 100 autres l’après midi.

4 heures de classe par jour alors qu’il en faudrait 6 pour faire le programme.

Les méthodes sont  archaïques et l'enseignement est fait dans un mélange de bambara et de français. Ils utilisent la méthode globale qui est une méthodologie convergente mélangeant l’apprentissage de toutes les matières.

Les enseignants sont contre, mais ces méthodes sont obligatoires. Même si les résultats sont nuls, on doit faire passer 80% des enfants dans la classe supérieure, chaque année.

Les locaux sont insuffisants.

Néanmoins il faut signaler à Hamdallaye les travaux de rénovation de 6 classes et de construction du bâtiment de direction entrepris par la Fondation Leïla Fodil.

L’environnement social des enfants est défavorable au travail scolaire : pauvreté, nombre d’enfants par famille, parents analphabètes et peu motivés.

Le constat :

En février et en septembre 2001, nous avons testé quelques enfants de 5° année (qui ne redoublent pas). D’abord avec des tests simples préparés par Marie. Puis, vu les résultats catastrophiques, à l’aide de leurs ouvrages scolaires.

À l’exception d’un enfant, les résultats sont nuls. Les enfants ne parlent pas et ne comprennent pas le français. Ils ne savent pas lire et encore moins écrire. Certains ne savent pas écrire leur nom.

Ils ne savent pas compter au delà de l’addition… et encore ! (même en bambara)

Nous sommes catastrophés, l’action entreprise n’a servi à rien. Les enfants n’y sont pour rien. C’est le contexte qui est responsable.

Par ailleurs, la bourse mensuelle est vitale pour les familles. C’est souvent leur seul moyen de subsistance. Sans la bourse et la prise en charge des frais de scolarité, les enfants n’iront plus à l’école et seront à la rue.

Après réflexion et malgré les résultats des tests, la Fondation Leïla Fodil maintient les bourses pour les élèves qui ne redoublent pas.

L’École de la Mission semble être une piste de secours. Moins pénalisée par les grèves. Les enseignants sont plus libres de leur programme. Ils font un contrôle trimestriel des résultats. Les frais de scolarité sont beaucoup plus élevés. Il y a un uniforme.

La Fondation Leïla Fodil va reporter son action dans cette direction et pour commencer va prendre en charge 5 enfants de 1° année.

Elle financera 100 000 cfa (1000 FF) pour la bibliothèque de livres scolaires de la 1° année.

Conclusion :

Si cette action peut être considérée comme un échec jusqu’à présent, elle aura au moins permis à des familles de survivre. L’espoir se reporte sur le projet avec l’École de la Mission qu’ Alou Traoré va suivre de près.

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Travaux École Hamdallaye - Ségou

 

Thierry Bruère

 
 
 

Je suis intervenu 2 fois au Mali en 1999 et 2000.

En 1999 j’ai rencontré Jean Bernard et Marie dans mon cadre professionnel et ils m’ont présenté alors leur action en Afrique et m’ont fait part de leur besoin.

Ils n'ont pas eu de mal à me convaincre de l’aide professionnelle que je pourrais leur apporter sur cette opération à Ségou.

Devant le dynamisme déployé à me soumettre leur programme, j’ai pris conscience de l’opportunité que cette action présentait : en effet, c’était pour moi l’occasion personnelle de transmettre et de comparer les méthodes de travail entre cultures différentes.

Je suis intervenu dans cette campagne pour la rénovation de bâtiments existants et la création d’un bâtiment neuf destiné à des bureaux d’enseignants et d’un bureau de direction.

L’association des parents d’élèves du groupe solaire d’Hamdallaye, représenté par Alou TRAORÉ (ancien maître d’école), a fait appel à la Fondation afin d’élaborer un moyen de financement, dans la mesure où l’A.P.E. participait à hauteur de 10 % à la dépense totale.

Tout cela s’inscrit dans un programme de développement impliquant la ville de Ségou, la Direction Régionale de l’Éducation et l’Inspection de l’Enseignement Fondamental.

Les documents techniques et estimatifs ont été préparés et étudiés par la Direction Régionale de l’Urbanisme et de la Construction de Ségou. Notre interlocuteur avec cette administration étant Moussa BATHILY, technicien en bâtiment.

Pour vous situer cette école nommée groupe scolaire Tiécoura Coulibali : Il est implanté dans le quartier d’Hamdallaye A, sur un terrain de 12.000 m2, accueillant 3.000 élèves.

Sa construction a commencé en 1956, avec des extensions de 1958 à 1990, au fur et à mesure des besoins. Les bâtiments sont assez vétustes et plus ou moins bien terminés.

Les constructions n’ayant pas toujours été faites dans les règles de l’art, on aperçoit des fissures importantes sur les murs périphériques, mettant en péril la vie des élèves et de professeurs. Les sols des classes présentent des trous importants, les ouvertures faites de claustras conservent dans c"es classes une chaleur quasiment insupportable, ce qui ne favorise pas l’attention des élèves. Ces classes font 6 mètres de large sur 10 mètres de long pour une centaine d’élèves, d’où une grande promiscuité : 4 élèves par table de deux.

Les toitures comportent des fuites et souvent le faux plafond est inexistant, laissant directement les élèves sous les tôles en pleine chaleur.

D’après cette description, vous vous apercevez que les conditions de sécurité et de travail sont loin d’être ce qu’elles devraient être, et ne permettent pas aux enseignants de délivrer leur savoir de manière optimum.

La première année, je devais vérifier sur place, si les prescriptions techniques faites par l’Équipement correspondaient bien à l’état actuel des bâtiments. J’ai effectué les relevés avec Marie et Françoise, afin de quantifier réellement les surfaces, car je trouvais certains postes exagérés. Et j’ai comparé les techniques préconisées par l’équipement pour remettre en état les classes existantes.

J’avais pour la parfaite compréhension du dossier l’assistance et le concours de Moussa BATHILY, responsable technique comme je vous l’ai déjà présenté.

Suite à cela, j’ai trouvé des solutions de mise en oeuvre par des reprises en sous oeuvre moins onéreuses que des démolitions entières de pans de murs. Quant aux prix figurant sur leurs bordereaux, il n’y a pas lieu de renégocier. Le prix des matières premières sont sans comparaison avec les nôtres.

Cette première année ne fut en fait qu’une première ébauche d’estimation pour cette rénovation, en vue de déterminer le coût final pour le montage financier.

La 2° année nous a permis, au vu des économies faites sur les rénovations, d’envisager plus particulièrement la construction du bâtiment neuf. Pour celui-ci, nous avons consulté les maîtres et des représentants de la Direction Régionale de l’Éducation, afin d’affiner leurs besoins et de supprimer certaines prestations coûteuses et non nécessaires, en vue de déterminer l’emplacement précis sur le terrain.

En effet, en fonction de l’emplacement sur le terrain, cela pouvait modifier notoirement certaines prestations, à savoir : suppression de châssis, d’enduits, etc...

Suite à ces réunions, j’ai pu établir des plans d’exécution, plan complet des fondations, plan du rez de chaussée, coupes et un devis descriptif quantitatif précis qui furent validés cette année là par la signature du contrat liant tous les intéressés à savoir :
 


 

De plus nous avons pu intervenir dans la prison de Ségou, en améliorant le cadre de vie des femmes détenues.

En effet, par la disposition inadéquate des quelques points d’eau, les femmes étaient obligées de rentrer dans le quartier des hommes pour prendre de l’eau afin de cuisiner, ou pour effectuer leur toilette avec tous les dangers que cela représente.

Nous avons pu modifier cette installation et nous avons fait exécuter des revêtements de sol en béton et des enduits sur les murs pour les assainir.
 

BILAN

J’ai vu les photos des bâtiments rénovés ainsi que du bâtiment de direction prises par Francis Groux, et je ne peux que constater que les travaux réalisés par les entrepreneurs locaux sont à priori de tout premier ordre, tout au moins sur le plan esthétique.

L’avenir nous dira si la mise en oeuvre rejoindra la bonne impression générale dégagée par les dires de ceux qui ont pu réellement constater sur place.

Les classes sont devenues plus lumineuses du fait de l’enlèvement des claustras remplacées par des châssis, et certainement plus confortables du fait de la mise en place des faux plafonds.

J’espère que les élèves et les enseignants profiteront pleinement de ces nouveaux locaux et que cela incitera d’autres enfants à fréquenter l’école.

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INTERVENTIONS au C.E.T.I. à SÉGOU – MALI

Danyel LAISSUS – Yves PAWLAK

 
 

Depuis 1998, j’aide le C.E.T.I. (Centre d’Enseignement Technique et Industriel) à SÉGOU au Mali. Yves, mon beau-frère est venu se joindre au projet en 1999, mais malheureusement il n’a pas pu poursuivre en 2000. Mais cette année il participe à nouveau à l’action.

L’école est privée et forme des élèves dans les métiers du bâtiment, en CAP (électricien, dessinateur) et en Brevet de Technicien (dessinateur en 4ans) depuis 2 ans environ.

Notre mission est d’apporter une aide pédagogique aux enseignants à la demande de M.Ladji GAKOU , Directeur du C.E.T.I..

Le premier contact en 1998 était de suivre M. SIDIBÉ enseignant en Dessin Tech.

Je l’ai suivi durant tout mon séjour. J’ai pu constaté qu’il ne possédait que très peu de moyens pour enseigner une matière qui en demande beaucoup. Notamment, aucun document technique (livres techniques par exemple). J’en avais collecté quelques uns pour ce premier voyage et évidemment ils ont été très appréciés.
J’ai dispensé cette année-là également quelques cours aux élèves à la demande de SIDIDÉ et des élèves.

La 2ème année, nous, Yves et moi, avons apporté 1 imprimante et 1 ordinateur(486DX2) offert par la société dans laquelle ma sœur travaille. C’était le souhait des enseignants d’en posséder un.
Et cette année-là, nous avons eu des journées non-stop.(7h30-13h30 ;15h00-19h30)et même le dimanche.
Tous les enseignants et la secrétaire(Aminata) ont été très demandeurs.
La formation portait sur l’environnement Windows et l’utilisation de logiciels tels que le traitement de texte(Word 2) de D.A.O.(drafix et autosketch2) et un tableur(excel4)
Le but de cette formation est que les professeurs puissent créer des documents graphiques plus adaptés et donner un support de cours à chaque élève.
Je dois dire que la 2ième année a été la plus encourageante pour moi, car aucun enseignant ne manquait pendant ce séjour.

La 3ème année, c’est à dire en février 2000, grosse déception.

Aucun élève dans l’établissement, donc aucun prof. C’est la grève des étudiants et lycéens.
M. Gakou est profondément déçu de cette situation. Seul le prof de dessin technique M.SIDIBÉ et M. SANOGO Gaoussou viennent me rencontrer pour poursuivre la formation, ce qui a été un peu plus encourageant pour moi. M. SANOGO Gaoussou est prof. de techno. possédant une entreprise de bâtiment et construisant actuellement le nouveau C.E.T.I. !

J’ai apporté toute une progression dessin technique pour l’enseignement des B.T. et une grande partie de mon séjour a été d’étudier tous ces documents avec M.SIDIBÉ et de poursuivre la formation sur les logiciels informatiques. C’était le souhait de M.Gakou.

Cette année, j’effectue à nouveau le voyage, non plus en février mais pendant les vacances de la toussaint (du 26 octobre au 5 novembre 2001). Yves fait partie de ce voyage.

Nous y allons en novembre pour deux raisons :


Le but de ce 4ème voyage est d’aller constater les " effets " de notre soutien, de continuer d’encadrer le prof de dessin pour le " dynamiser " encore un peu plus , de poursuivre la formation informatique des enseignants absents l’an dernier et de savoir ce que deviennent les élèves diplômés sortant du C.E.T.I..
 
 

Le BILAN

Le négatif,

Les événements nationaux perturbent trop souvent la vie de l’établissement. (grève à répétition)

Le marché de l’emploi reste précaire à la sortie de la scolarité même pour des élèves formés et diplômés.

Les enseignants maliens rencontrent des difficultés à organiser la préparation et la correction de leurs cours car le nombre d’heures d’enseignement est trop important. (exemple pour M.SIDIBÉ= 36h/semaine, trop de dessins à corriger, donc peu de temps pour la préparation)

Le positif,

Le plus important, je pense que l’on a gagné la " confiance " de M. GAKOU : les propositions que l’on a pu lui faire ont été retenues (début de mise aux normes électrique des ateliers électricité, la construction du nouveau C.E.T.I., la mise en place d’un surveillant en dessin technique qui est un ancien élève du C.E.T.I.pour aider SIDIBÉ)

Les documents sont exploités par les enseignants, peut-être que maintenant chaque élève possède un exemplaire de ces documents, du fait de l’achat d’un photocopieur par l’école avec l’aide de la fondation.

La construction du nouveau C.E.T.I. auquel j’ai participé en élaborant les plans.

Et les courriers encourageants de M.GAKOU nous signalant les résultats aux examens des élèves du C.E.T.I. : ceux-ci étant au-dessus de la moyenne nationale en 2000.

Nos actions en France

Depuis 1998, nous sommes à la recherche de supports pédagogiques tel que livres techniques, ordinateurs, imprimantes, financements.

Ce qui nous a permis d’emmener un premier ordinateur avec imprimante ainsi qu’une documentation appropriée ; du matériel électrique.

Des ordinateurs et imprimantes sont en attente d’acheminement.

Lors du prochain voyage, nous emmenons un portable (486DX2), une machine à écrire pour Aminata, la secrétaire du C.E.T.I. et des livres techniques.

Des fonds ont été versés à la fondation par une entreprise beauvaisienne suite aux nombreux courriers de demandes de dons que j’envoie annuellement aux entreprises.
 

Projets

Créer un local bibliothèque au sein du C.E.T.I., pour les élèves mais aussi, ouvert au public. M. GAKOU est favorable.

( je suis à la recherche de livres, j’ai déjà pris contact avec la bibliothèque municipale de Beauvais)

Relier par Internet le C.E.T.I. . Mais actuellement les tarifs pratiqués sont en démesure avec le pouvoir d’achat des maliens !!!

Les sensibiliser sur les problèmes d’eau, notamment l’assainissement.

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Maternité de Mima

Véronique Deval Sécherre


Parler de la maternité de Mima, c’est parler de Mima, puisque sa maternité repose presqu’ entièrement sur elle à l’heure actuelle.

Mima est une malienne Dogon, qui s’est mariée à l’âge de 16 ans et a eu 8 enfants. Ce qui ne l’a pas empêchée de travailler comme fille de salle dans un établissement de soins, et de mener des études de sage femme.

Elle a tout d’abord été employée dans un dispensaire, puis a décidé de donner des soins chez elle, où elle a réservé des pièces pour sa consultation, pour ses accouchements, pour le repos des accouchées et pour celui de son équipe de garde qu’elle rémunère, créant 5 emplois.

Avec son époux, elle a décidé de bâtir une clinique privée, sur un terrain leur appartenant. Une fois le gros oeuvre effectué, et les moyens financiers commençant à manquer, elle s’est tournée vers la Fondation Leïla Fodil pour demander une aide.

Une première mission a consisté en septembre 1997, à programmer les travaux de finition, carrelages, peinture, plafonds, sanitaires, à définir les besoins en matériel, lits, berceaux, tables de soin, petit matériel médical et de stérilisation, extracteur d’oxygène, et après réflexion... échographe.

Les travaux ont été achevés environ 2 mois plus tard, mais l’obtention, sans "intervention" administrative, de l’ouverture de la clinique a demandé plus d’un an, et c’est lors de mon 2ème séjour que j’ai pu assiter à celle-ci le 25 janvier 1999.

Au cours de mon 2ème séjour, j’ai montré le fonctionnement d’un petit échographe portable. Je disposais de 15 jours, ce qui est peu, mais qui a finalement suffi car Mima, comme sa matrone Oumou, sont des femmes intelligentes.

Mima doit assurer l’entretien de l’échographe, l’achat du gel, et de plus doit former son personnel aux soins des parturientes.

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Enseignement de la Planification Familiale naturelle au Viêt Nam
Marie JOLY

 
 
 

Qu’est ce que la PFN ?

Reconnue par l’OMS qui en donne la définition :

"Les méthodes naturelles de planification familiale reposent sur l’observation des signes physiologiques caractéristiques des phases de fécondité et d’infécondité du cycle menstruel féminin. Le fait de connaître la phase d’ovulation peut permettre aux couples de choisir le moment de leurs rapports en fonction de leurs désirs d’éviter ou bien de favoriser une grossesse.

Les méthodes naturelles de planification familiale sont une alternative pour ceux qui, pour des raisons personnelles, ne peuvent ni ne souhaitent utiliser des contraceptifs pharmacologiques ou mécaniques."

Alternative : donc une méthode parmi les autres, qui peut être proposée pour donner un choix plus grand aux couples.

Un Institut Européen regroupe 31 organisations de planification familiale naturelle.

Dans certains pays en développement elle est largement utilisée : en particulier à l’Ile Maurice, en Inde, au Rwanda, au Burkina Faso, Togo, Cameroun.

Son efficacité repose à la fois sur la qualité de l’enseignement donné, et sur la motivation des couples qui l’utilisent. Bien enseignée et correctement utilisée, elle a une efficacité équivalente à celle de la pilule. Des enquêtes internationales le montrent.
 

La situation au Viêt Nam :

Grand besoin de planification familiale.

Population : 18 millions en 1945. 76 millions en 1999.

Utilisatrices de contraception : 1998 : 71 % des femmes parmi lesquelles :


Mais encore un nombre important d’avortements : 1,4 millions en 1995 selon les statistiques officielles des services de santé.

En 1996, le plan quinquennal du Comité national de la Population et de la Planification familiale a noté :

"Il faudra faire attention à la diversification des méthodes de contraception et à la diffusion de la planification familiale naturelle parmi les intellectuels et les catholiques..."
 

Ce que nous avons fait :

À partir de 1990 : conférences d’information auprès des services de planification familiale dans les provinces visitées par Jean Bernard avec l’association L’APPEL : Hà Nôi, Nam Dinh, Ninh Binh, Thai Binh.

En 1992 : le Dr PHAM XUÂN TIÊU commence à s’intéresser à la question : il me demande d’animer un stage de formation à la pédagogie de la planification familiale pour un groupe de motivatrices de la VINAFPA dont il est le directeur exécutif.

TIÊU va devenir le personnage clé de ce programme au Viêt Nam. Il est gynécologue obstétricien. Il arrive au temps de sa retraite et va consacrer alors une partie de son temps et de son enthousiasme à ce programme. Il est de plus en plus persuadé que l’enseignement de la PFN peut contribuer à la réduction de la natalité dans son pays, mais aussi que les connaissances apportées sur la procréation peuvent améliorer la santé des femmes et faire diminuer le nombre des complications des autres méthodes et des avortements.

La méthode de planification familiale naturelle appelée M.A.O. en France, devient TQS au Viêt Nam. Nous avons choisi d’enseigner l’observation de la température et de la glaire cervicale, pour avoir l’efficacité la plus grande.

Pour proposer cette méthode, il faut bien la connaître et savoir l’enseigner avec précision.

1994-95 : début d’un travail de formation TQS pour les services de santé chargés de la planification familiale à Hà Nôi, puis à Nam Dinh et Ninh Binh : médecins, sage femmes, infirmières, aide-médecins.

Evelyne Chabrol, monitrice MAO de Périgueux, accepte de venir partager ce travail avec moi. Depuis elle y va presque une fois par an, en alternance avec moi.

1996 : signature d’un programme de 3 ans avec les services de santé de Hà Nôi, Nam Dinh et Ninh Binh qui nous demandent d’aller travailler dans les districts ruraux à majorité catholiques pour atteindre les femmes qui n’utilisent aucune méthode de contraception ou la méthode Ogino.

Nous nous rapprochons de plus en plus de la population car les personnels de santé qui avaient été très intéressés par les connaissances nouvelles et la pédagogie proposée, ne souhaitent pas propager la méthode : ils sont trop engagés dans les autres méthodes.

Nous travaillons dans les districts ruraux, en particulier Kim Son, avec des femmes et des couples.

À Hà Nôi avec l’Union des femmes et les paroisses catholiques de Ham Long et Thai Hà.

À partir de là, le bouche à oreille a commencé à fonctionner, en particulier parmi les catholiques.

1997 : Tiêu vient en stage en France, rencontrer différents médecins très engagés dans l’enseignement de la planification familiale naturelle et avec une expérience des pays en développement (Ile Maurice - Rwanda). Il participe à un week end de formation à Paris, à une conférence d’information à Bordeaux. Il rencontre à Lyon le médecin qui avait été chargé du dépouillement de la dernière enquête européenne d’efficacité de la PFN.

1998 : Grâce au bouche à oreille, Tiêu est appelé dans le centre du pays à Da Nang et Hué, pour former des religieuses en contact direct avec les familles.

1999 à Ho Chi Minh Ville, au Sud, 2 groupes se mettent en place. Tiêu assure la formation de futurs moniteurs et monitrices.
 
 

Au fil des années, nous avons ensemble, Tiêu, Evelyne et moi, mis au point et adapté le matériel pédagogique nécessaire, en langue vietnamienne :
 


Les différents groupes ont reçu un kit complet de matériel pédagogique leur permettant d’enseigner la méthode et de suivre les nouveaux utilisateurs.

En juin 2000 : Tiêu est venu participer au Congrès de l’Institut Européen d’Éducation Familiale à Milan. Ce congrès accueillait des représentants des différents continents s’occupant de PFN. Il a pu y présenter le travail fait au Viêt Nam, partager et profiter de l’expérience des autres.

2000 - 2001 : Tiêu assure une grande quantité de journées de formation de moniteurs. Il ne fait plus directement de cours d’utilisateurs qui sont faits sur place par les moniteurs formés.

Avec Evelyne nous assurons 2 séjours par an. Les premières années nous avons fait beaucoup de cours et préparé le matériel pédagogique.Tiêu traduisait les cours et les documents. Maintenant, il assure l’enseignement tout au long de l’année.

Lors de nos séjours nous faisons le tour des groupes en place pour voir où ils en sont, écouter les succès et les difficultés des moniteurs, voir comment se développent leurs activités, les encourager, redresser la barre quand il y a quelques difficultés au niveau de la méthode.
 
 

Quel bilan ?

Après un démarrage très lent, (6 ans avant de faire vraiment quelque chose) notre objectif était de former quelques monitrices dans les 3 provinces du nord où nous avions commencé à travailler.

Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous sommes un peu dépassés par les événements, les vietnamiens vont plus vite que nous. Jamais je n’avais imaginé que le bouche à oreille nous entraînerait si vite au centre et au sud du pays.

À HàNôi : les monitrices ont monté un bureau de conseil pour la famille où elles reçoivent les couples désirant se former à TQS après l’information donnée en cours de préparation au mariage. L’enseignement diffuse dans les paroisses des provinces voisines.

Les femmes de l’Union des Femmes commencent à diffuser dans leurs quartiers, en particulier auprès des non utilisatrices de méthode contraceptive.

À Ninh Binh, dans le district de Kim Son, des couples utilisateurs depuis 3 ans se forment pour devenir moniteurs.

Au Centre, Da Nang et Hué, les religieuses travaillent sur le terrain et suivent des femmes qui utilisent la méthode.

Au Sud : des formateurs peuvent maintenant prendre le relais de Tiêu : informations au club des travailleurs de la ville, début de formations de monitrices que Tiêu vient compléter.

Les monitrices s’en vont aussi dans des provinces voisines.

Autrement dit : la diffusion de l’information est très importante. Nous n’en connaissons qu’une partie. Plus d’un millier de personnes ont été touchées officiellement par les groupes soutenus par le programme de la Fondation. Ces personnes là ont aussi diffusé sans le soutien de la Fondation. D’où l’ impossibilité de connaître le nombre de personnes qui utilisent réellement la méthode.

J’en ai rencontré l’année dernière, qui font leur graphique d’observation depuis 3 ans, avec l’aide de leur mari. Aucune grossesse, ces couples sont heureux, rassurés, tranquilles.

Les formateurs et les moniteurs sont actuellement surtout des hommes et il faut arriver à ce que des femmes s’investissent plus dans ce rôle de monitrices.

Pour les années à venir :

- extension possible dans d’autres provinces qui le demandent : Hauts Plateaux du centre, Hai Phong.

- autonomie de chaque groupe, avec un suivi plus lointain de la part de Tiêu.

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Projet PMI

Province de Ninh Binh - VIÊT NAM

Jean Bernard JOLY

 
 
 

La province de Ninh Binh est située au sud-est de Hà Nôi. C’est une petite province.

En 1999 :


Cette province est divisée en sept districts, dans chacun d’entre eux il y a 25 à 30 postes sanitaires communaux.

Dans chaque poste sanitaire, 5 à 6 agents de santé. Parfois, et de plus en plus, un médecin récemment formé. Une sage femme.

L’activité est agricole, une partie de la province est occupée par une montagne recouverte d’une forêt primitive, classée.

J’ai connu la province de NINH BINH en 1983. La directrice du service de PMI avait été intéressée par des formations sur la santé des mères et des petits enfants. Quelques années plus tard, Catherine PETIT, médecin du service de protection de l’enfance de la Charente, était venue faire une série d’exposés sur la PMI : ses objectifs, les moyens mis en oeuvre.... Mais il n’y a eu aucune suite.

À l’époque, la PMI consacrait ses efforts sur la planification familiale : recensement des femmes enceintes, pose de stérilets, avortements après le deuxième enfant, stérilisations féminines. Les soins de PMI étaient un peu négligés.

En 1996, le Congrès national du Parti communiste propose d’étendre les activités de la PMI à la protection sanitaire des mères et des petits enfants.
Avec l’association L’APPEL je travaillais alors à un programme d’enseignement sur le sujet dans la province voisine de Hoa Binh, après avoir commencé dans les maternités de la ville de Hà Nôi. Le groupe de travail initial comprenait le dr Pham Xuân Tiêu, médecin obstétricien de l’Institut de la mère et du nouveau-né à Hà Nôi, le dr Lucien Houllemare, directeur scientifique du Centre International de l’ Enfance, le docteur Paul Sanyas de La Rochelle et moi-même.

Nous avions imaginé un système de formation comprenant des cours donnés par les français et relayés par les vietnamiens ainsi que l’organisation d’une supervision.

Supervision : visites de suivi du personnel et de formation permanente.

La direction régionale de la santé de la province de NINH BINH a demandé en 1999 à la Fondation Leïla Fodil, qui travaillait déjà dans la province au développement de la planification familiale naturelle d’aider à développer la protection maternelle et infantile.

Le programme a commencé un an plus tard, en mars 2000, sur les bases suivantes :
 


Les formations ont porté sur les points suivants :
 


Trois manuels ont été créés en langue vietnamienne :
 

Pendant ces deux années :

Environ 200 personnes ont suivi un enseignement sur les thèmes décrits plus haut.

Nous avons fait 4 séminaires pour les personnels de la province,3 séminaires dans un district, et visité 9 centres de santé.

Après nos séjours, les formateurs de province et de districts ont donné six sessions de formation couvrant tout le personnel de toutes les communes du district.

19 médecins ont été en stage à l’hôpital du district.
 
 

Dans quelques semaines, nous allons faire une visite-bilan.

Le coût prévu était de 25 000 francs + 3 déplacements de médecin français. Les dépenses réelles ont été de 22 000 francs en 2000 et 11 000 francs en 2001, soit 33 000 francs.

Résultats :

Au niveau des communes : grand intérêt pour les notions apprises par le personnel de base au cours des recyclages.
 

Au niveau des dirigeants de la province :
 


Par la suite, notre intervention sera limitée à des visites-bilan, afin d’aider à perfectionner la pratique de certaines techniques et surtout de la supervision.

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Du bon déroulement d’une aide au développement

 

Lucien HOULLEMARE

 
 
 
 
 

Il y a tant de programmes différents par leurs aspects, leur ampleur, leur contenu, leur durée, qu’il faut se limiter avec deux extrêmes possibles :

- Soit traiter le thème de façon purement théorique avec objectif, concertation, financement, exécution, évaluation...

- Soit rester dans les choses simples, même trop simples en apparence. Trop simples ? Voire.

La plupart d’entre nous sommes associés à des programmes déjà en cours. S’agit-il d’ailleurs de programmes ? Plutôt d’activités superposées, qui ont été négociées et mises en place un peu au hasard des rencontres. La plupart du temps nous sommes dans l’implicite. Il faudrait tendre vers l’explicite, ce qui suppose une analyse détaillée de ce que l’on fait.

Le problème en fait se résume pour chacun à une ou deux missions par an de 10 jours à une ou mieux à deux personnes, sur trois ans. En sachant que le séjour est fatigant : chaleur, poussière, hébergement, nourriture, dépaysement, anxiété. Nos ambitions sont donc limitées, ce qui n’exclue ni la rigueur, ni les succès.
 

Voici un plan très simple autour de 3 idées :

1) Se comprendre.

2) Travailler ensemble.

3) Poursuivre sur trois ans.
 
 

1) Se comprendre

C’est à dire un dialogue avec nos interlocuteurs.

Mais au préalable sommes-nous au clair avec nous-mêmes sur ce que nous venons faire et pourquoi ?

A la suite d’un exercice, voici les mots qui ont été exprimés :

"Voir - Échanger - Connaître - Faire - Partager - Aimer - L’autre - L’Algérie - Avancer - Égalité - Progresser - Solidarité - Recevoir - Plaisir".

Tous ces mots traduisent le conscient, ce que l’on croit penser. Mais derrière, il y a tout le subconscient :

"Modèle occidental - Supériorité de notre culture - Pensée logique - Paternalisme - Racisme - Démocratie - Tolérance - Statut de la femme".

Il faut être profondément conscient de notre façon de penser. Plus souvent qu’on ne le croit, notre discours risque d’être contredit par nos attitudes : tel geste, telle parole mal contrôlée, tel petit mouvement d’exaspération nous trahissent. Il est donc nécessaire de faire un effort personnel de façon à ne pas être vexatoire à un moment ou à un autre. Nous sommes des invités ! Ce qui est sûr, c'est que nous sommes blancs, occidentaux, issus d’une puissance coloniale, sûrs de nos compétences, de notre pensée logique et... riches.

Nos interlocuteurs sont des personnes de couleur, de culture, de croyance différentes (Islam, Animisme, Confucianisme).

Ce sont des sociétés où le clan, la famille, l’ethnie sont plus importants que la démocratie. Le régime politique est tantôt très présent (Viêt Nam), tantôt difficile à comprendre (Mali).

De façon plus précise :

La langue est différente. Tantôt ils parlent français, mais ne le possèdent pas complètement. Tantôt il faut un interprète avec ses incertitudes, ses blocages, ses incompréhensions.

Le langage est rarement direct, parfois obscur, complexe, avec la nécessité pour nous de patience, de faire préciser, de retourner en arrière. Le oui est souvent un oui de politesse et non un acquiescement.

En face de nous qu’y a-t-il ?

Un enseignant, un médecin, un universitaire, un administratif, un politique, un particulier. Soit isolé, soit dans une équipe. Souvent l’interlocuteur a plusieurs casquettes.

Quelle est sa légitimité, son statut ? A-t-il le pouvoir de décision ? Est-il fiable ? Est-il compétent ? Quels sont ses intérêts ? Il y a toutes les formes de passage entre amitié, copinage, voire même corruption.

D’où la prudence de distribuer des sommes modestes et d’avoir des comptes rigoureux.

C’est dire que les discussions peuvent prendre du temps et on sait que nos interlocuteurs sont très forts en palabres ou en langue de bois.

D’où l’intérêt de travailler à deux au moins. L’un parle, l’autre observe, et ensuite on pourra croiser les opinions.

Bien sûr on doit faire confiance, mais toujours avec prudence, sans angélisme.
 
 

2) Travailler ensemble :

Je dis bien travailler ensemble, et non parallèlement, chacun de son côté. Une réflexion commune sera menée sur ce sujet : chacun doit avoir un rôle, collecter des documents, les mettre en commun. Éventuellement assurer une discrète formation des formateurs... Au cours du travail, valoriser les interlocuteurs, favoriser leur prise de parole et obtenir une participation confiante.

Évidemment il y a de nombreux cas de figure. Certains programmes sont complexes, dans lesquels entrent : formation, aide matérielle, voire constructions (d’où financements importants), d’autres sont plus simples.

De même, les thèmes sont variés : santé mère et enfant, contrôle de la fécondité, éducation, cours théoriques, étude, aide au fonctionnement.

Le public lui-même varie : formateurs, élèves, jeunes, adultes le plus souvent, techniciens, responsables.

Donc beaucoup de modalités différentes dans les interventions.

Trois caractéristiques doivent rester à l’esprit : cohérence (c’est une qualité inhérente au programme : "l’action est cohérente"). Pertinence : (c’est une adéquation avec le milieu, la réalité) Transparence (c’est à dire qu’il n’y a plus d’ambiguité, tout le monde doit pouvoir le comprendre et y adhérer).
 
 

Quelques règles de base concernant les sessions de formation

- Travailler à deux au moins, dont l’un observe et parle peu, les rôles s’inversent ensuite.

- Le premier jour, même si on s’est mis d’accord avant, faire un tour d’horizon sur place pour voir, sentir, comprendre, juger.

Vérifier le lieu d’intervention et son installation : disposition de la pièce, matériel de base, électricité, tableau et craie, voire matériel plus sophistiqué : ordinateurs...

S’enquérir du nombre de collègues, leurs compétences. Quel rôle vont-ils avoir ?

Établir un programme de travail et le concrétiser par un document écrit comportant des détails qui ont valeur d’engagement, notamment la ponctualité des horaires.

Ne commencer les activités que le deuxième jour.

Respecter les horaires, la discipline, éviter les dérives, le temps perdu. Prévoir des pauses de durée suffisante pour permettre les échanges.

- La pédagogie varie avec le thème, le nombre mais elle doit être avant tout active, concrète, démonstrative chaque fois que possible en situation, compagnonnage, jeux de rôles. (Les jeux de rôles, pour être utiles, doivent être bien préparés). Assurer des périodes de détente, de bonne humeur, faire parler tout le monde.

- A la fin de chaque journée, avoir une concertation générale avec tous les intéressés. Prendre l’avis des interlocuteurs, écouter, critiquer, échanger. Discuter du programme du lendemain, rectifier le titre si nécessaire. Mettre les formes mais agir avec franchise.

Ne pas oublier qu’il s’agit d’adultes, et qu’en aucun cas ils ne doivent perdre la face.

Le soir rédiger un compte rendu analytique pour soi.

- Au cours du séjour, va s’établir une dynamique qui tient à la motivation des uns et des autres. Si les échanges sont très intenses il apparaît une fatigue et une perte d’attention, d’où nécessité de changer de rythme et de pédagogie.

Les intervenants n’ont pas à assumer toutes les contraintes : donner un rôle aux autochtones, aux élèves.

- A la fin de la session une séance d’échanges tendant à une évaluation se fait en deux temps :

- Un temps public, en quelque sorte avec séance plénière pour tous, discours, toasts...Atténuation des problèmes rencontrés, remerciements.

- Un temps confidentiel avec les responsables où on parlera très franchement, on fera des propositions pour l’avenir (prudence dans les engagements) et on mettra en place une collaboration entre les missions : modalités du courrier, fax, envoi de fournitures. Exiger des réponses. Cet engagement doit être réciproque.
 
 
 
 

3) Poursuivre sur trois années.

Au minimum :

Un an de mise en place

Un an d’activité

Un an de renforcement des activités.

Un travail personnel important est à faire concernant la mission exécutée : établir un rapport de synthèse qui servira de document de base pour la Fondation. Ne pas le diffuser avant l’accord du président pour des raisons de contrôle et de cohérence.

Ce rapport comportera :
 


Entre les missions : poursuivre une réflexion, chercher des finances, du matériel, des livres, accueillir en France nos correspondants.

Entretenir des relations avec nos interlocuteurs.

Chercher aussi à travailler avec d’autres ONG qui poursuivent des buts communs, essayer de se rendre service et de faire des missions mixtes.

Évaluer ce qui a été fait. C’est très difficile.

- Le degré de satisfaction des intéressés est un indicateur intéressant si les modalités ne sont pas une admiration réciproque polie et inutile.

- Les résultats chiffrés sont rarement possible à obtenir. Exemple, nombre d’élèves ayant appris à lire.

- Il faut accorder une place aux bénéfices secondaires : Exemple usage polyvalent de l’informatique, apprentissage du travail en équipe.

En fait, au bout de quelques années on sait bien ce qui marche et on rectifie le programme en conséquence.

Arrive un moment où on se pose la question d’arrêter un programme de coopération. Soit parce que c’est un échec, soit parce que les buts sont atteints et que le relais est pris. Dans ce cas, mieux vaut se ménager une mission de supervision après une autonomisation des activités.

De même il y a lieu au bout de quelques années de renouveler les équipes et de ne pas mettre toujours les mêmes à contribution. Ceci peut se faire par "glissement". Un ancien est remplacé par un plus jeune qui part avec une sorte de "tuteur". Ainsi, la continuité est assurée sans préjudice. A condition d’accepter. Mieux vaut aussi parler de cette éventualité en temps utile.
 
 

Conclusion :

Coopérer au développement est une expérience très enrichissante pour soi-même. Elle oblige à s’engager, à sortir de son confort routinier, à se former, à se contrôler, changer de rythme.

En retour, la récompense vient de la confiance reçue, des liens d’amitié qui se tissent avec l’autre ou les autres dans un cadre inhabituel souvent chaleureux. La découverte d’autres valeurs (la famille élargie, la solidarité) avec la beauté des villages, l’esthétique des paysages, et parfois, en prime l’éblouissement d’un coucher de soleil sur le fleuve !

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REMARQUES DES PARTICIPANTS






Au cours d’un tour de table, chacun a exprimé ses remarques et ses souhaits.

Pour plus de clarté, les remarques concordantes ont été regroupées.

Les textes en italique sont du président. Ils traduisent son opinion et exposent les propositions qui pourront être immédiatement appliquées.
 
 

Communication :

Il faudrait créer une communication entre nous. Faire un bottin.

        Marie a collecté les adresses et téléphones et les adresses e mail. Cela va être diffusé à chacun.
        Marie et JB diffuseront les informations : extraits des lettres reçues, compte rendus de séjour.
        À chacun de leur envoyer les nouvelles qu’ils reçoivent de Ségou ou du Viet Nam.

Il faudrait échanger avec d’autres associations.
 

 A Angoulême, un travail est en cours avec Eugénie pour faire une réunion de toutes les associations qui oeuvrent à Ségou. La    réalisation n’est pas immédiate.

Si des liens sont créés par chacun avec d’autres organismes, il serait bon d’en informer Marie et JB.

A Ségou, les liaisons avec Voisins Mondiaux sont en cours. On explorera Mali-Enjeux lors du déplacement de Marie et de JB au mois de mars 2002.


Déplacements :

Ne jamais partir seul.
 

Pour celui qui fait un premier déplacement, il est indispensable d’être accompagné.
On pourrait grouper la visite de plusieurs personnes s’occupant de plusieurs actions différentes. Il faut faire attention de ne pas submerger nos correspondants par des sollicitations simultanées.
Pour une action donnée, il peut être intéressant de venir deux fois dans l’année. Cette possibilité doit être discutée avec le correspondant local. Dans ce cas on ne peut envisager qu’un seul intervenant français par déplacement.


Actions santé "soins".

Comment reprendre des actions de ce type ?
 

JB est très occupé par Ninh Binh au Viêt Nam.
Il explorera la formation des Accoucheuses traditionnelles avec Voisins Mondiaux en mars au Mali.


Expéditions de colis

L’attente est agaçante.
 

C’est difficile de trouver des transports sûrs, sans perte ni vol. Chercher des groupages par conteneur.


Évaluation :

C’est le seul moyen de conserver une certaine objectivité.

Les bilans ne doivent pas être faits à l’avance.

Faire des réunions communes régulièrement.

Une personnalisation excessive peut présenter des risques de déviance.
 
 

La relève des acteurs et des dirigeants :

C’est elle qui assurera la pérennité de la Fondation. Il faut accueillir progressivement des personnes nouvelles.
 

Les épouses :

Souhaitent accompagner leurs maris.
 

Cela peut être une solution du départ "à deux". Mais bien sûr, seul le voyage de l’intervenant sera pris en charge par la Fondation.


Le site web :

Il a été créé par André et Anne. Anne n’a pas pu venir. Il sert de support pour les informations concernant la Fondation et les activités en cours.
 

Diverses remarques :

Il serait intéressant de faire des actions qui essaiment spontanément de proche en proche.

Les relations interpersonnelles sont le fondement de l’efficacité de notre petite structure.

De même que nous cherchons des personnes ressources en France, il est important de découvrir là où nous travaillons, des personnes locales capables d’être des locomotives.

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Synthèse des journées

André JOLY

 
 

Au cours de ces deux journées de présentations et de discussions, beaucoup de sujets ont été abordés. Chacun des sujets présentés possède une identité propre et dépend du milieu dans lequel le projet se situe. Cependant, cinq points communs se sont dégagés.
 

1. Chaque projet mené dans le cadre de la Fondation est animé par des personnes clés tant en France qu’au Mali ou au Vietnam. Ces personnes clés sont très motivées, se connaissent et s’estiment, elles ont plaisir à travailler ensemble. Chacun dans leur domaine, ces meneurs de projets sont la condition de la réussite.
2. Le temps est un facteur important pour se connaître et travailler. Les projets menés dans le cadre de la Fondation s’inscrivent dans la durée, deux ou trois ans étant souvent nécessaires à la mise en place et la réalisation d’un programme.
3. Les actions menées par la fondation sont de trois types: médical, social et formation. Il est important de conserver un certain équilibre entre ces trois types d’actions car ils représentent bien la volonté de la Fondation d’agir dans ces trois domaines.
4. Afin de conserver une cohérence de ses actions dans le temps, il serait important que la Fondation maintienne une documentation décrivant le but, l’évolution et la synthèse des actions en cours et passées. Cet effort devrait être fait par chacun des acteurs, par exemple en envoyant un petit rapport au retour de chaque déplacement ou étape majeure dans la vie d’un programme.

5. La communication entre les acteurs de la Fondation devient essentielle. Elle permet d’échanger sur les expériences de chacun, les succès et les échecs, les difficultés et les joies. Une communication avec d’autres Fondations et Associations permettrait d’enrichir les expériences et d’apprendre auprès de groupes ayant une méthode de coopération similaire.

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